Cacao sans pesticides ou pesticides sans cacao ? Analyse de la base de données Intrants chimiques et organiques cacao Côte d'Ivoire 2012-2022 construite par F. Ruf, J. Kiendé, A. Galo, N. Kra, E. Gnangon, C. N'Guessan, H. Kouakou, Dorgeles
Ruf, François, CIRAD -Département environnements et sociétés -Unité mixte de recherche Acteurs, ressources et territoires dans le développement , France
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Cet article analyse l'évolution des usages d'intrants chimiques dans les plantations cacaoyères de Côte d'Ivoire entre 2012 et 2022, à partir du suivi répété d'un même échantillon d'environ cent exploitations réparties dans plusieurs régions cacaoyères. L'étude compare les dynamiques d'adoption des insecticides, fongicides, herbicides et fertilisants (engrais minéraux, engrais foliaires et fertilisants organiques issus d'élevages). Les résultats montrent une divergence très nette entre pesticides et fertilisants. Alors que l'usage des engrais granulés chute fortement en dix ans, tant en nombre d'utilisateurs qu'en quantités achetées, les insecticides deviennent quasiment omniprésents. Plus de 90 % des planteurs déclarent les utiliser en 2021/22 contre déjà plus de 80 % en 2012/14. Les quantités moyennes appliquées augmentent également, de même que le nombre de traitements annuels, certains planteurs évoquant jusqu'à dix passages par an. Cette progression des insecticides contraste avec la baisse des achats d'engrais minéraux, dont les coûts ont fortement augmenté depuis 2020. Les planteurs considèrent l'engrais comme un intrant optionnel ou reportable dans le temps, tandis que les insecticides sont perçus comme indispensables à la survie économique de la récolte et parfois même des cacaoyers eux-mêmes. Les réponses des producteurs montrent que la pression croissante des ravageurs, associée aux effets de la déforestation, du changement climatique et du développement du swollen shoot, renforce cette dépendance aux pesticides. Parallèlement, l'étude met en évidence plusieurs formes d'adaptation paysanne. Les engrais foliaires progressent rapidement, notamment parce qu'ils sont plus faciles à transporter et peuvent être mélangés aux traitements insecticides. Les fertilisants organiques issus de l'élevage (fiente de poulet, fumier) semblent également se diffuser progressivement, principalement pour des raisons économiques. À l'inverse, les fongicides deviennent marginaux, probablement en lien avec une moindre pression de la pourriture brune dans des contextes plus secs. Quant aux herbicides, leur usage, tendrait à diminuer dans les cacaoyères sous l'effet des politiques de certification, mais il est probable que les planteurs sous-déclarent les volumes pour éviter les ennuis avec les certificateurs. Par ailleurs la consommation d'herbicides reste très élevée dans les rizières associées aux exploitations cacaoyères. L'article souligne enfin les limites des approches classiques centrées sur les seules élasticités-prix des intrants. Dans un contexte d'incertitude climatique, de dégradation écologique et de baisse des revenus, les stratégies des planteurs apparaissent surtout guidées par des logiques de protection du revenu et du capital productif, impliquant à leur yeux une consommation croissante d'insecticides. Au vu des données collectées jusqu'en 2022, faute d'alternatives techniques crédibles aux insecticides chimiques, la transition écologique du cacao reste balbutiante en Côte d'Ivoire. L'inévitable conclusion est la nécessité de poursuivre les recherches sur les alternatives techniques et les stratégies des planteurs.
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Canonical: https://research.holos.house/w/eab79f17-b602-45ec-8c28-5bec0c02ad67
DOI: 10.18167/agritrop/00914